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Une histoire américaine



Une histoire américaine.
Frank Sinatra, Dean Martin, Sammy Davis Jr., Joey Bishop, Peter Lawford.


Roman historique.
Ce n'est pas le simple parcours d'un groupe d'artistes que nous dépeint ce remarquable ouvrage. C'est le portrait d'un pays, d'une société, d'une époque.
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Cover
Summary
Informations :
256 pages - 20.00 euros
ISBN : 978-2-916722-93-1
Format : 165 x 220
  • Présentation
  • Extrait

Une Histoire américaine ou l’histoire d’un groupe de bringueurs, de dragueurs invétérés surnommé le Rat Pack (la bande de rats). Une association d’un genre particulier entre les meilleurs performers américains des années 1960 : Frank Sinatra, Dean Martin, Sammy Davis Jr., Peter Lawford, et Joey Bishop.

Fumeurs de Chesterfield, inconditionnels de Jack Daniel’s, écumant les palaces de Las Vegas des dollars plein les poches, partageant le lit de dizaines, de centaines de femmes – et quelles femmes ! Marlene Dietrich, Marilyn Monroe, Ava Gardner, Kim Novak ou Mia Farrow –, ils séduisirent jusqu’aux rois de la pègre Sam Giancana ou Meyer Lansky.

Plus original encore, ils s’engagèrent sur le terrain politique en faisant campagne pour John F. Kennedy lors de l’élection présidentielle de 1960 et incarnèrent ce moment décisif de la société américaine au tournant des sixties. Une société conservatrice que ne tarderait pas à bousculer la révolte des teenagers, rebelles sans cause, émules de James Dean et des premiers rockers. Une société gangrenée par son racisme. Une société où show business, politique et Mafia semblaient faire bon ménage.Sur fond de légèreté et de dérision,

Une histoire américaine raconte cette époque glorieuse et insouciante, celle qui précéda les années d’airain, Dallas et le Vietnam. L’époque des Happy Days préfigurant Woodstock et la révolution des mœurs.


Une histoire américaine


Sinatra, Kennedy et la Mafia
« La machine électorale Kennedy se mit en ordre de bataille. Une machine à gagner. Des slogans, des chansons, furent créés sur le thème « Kennedy Can ». La biographie du candidat fut martelée sur tous les toits en magnifiant notamment l’épisode du patrouilleur PT 109, en août 1943, au cours duquel Jack Kennedy s’était comporté héroïquement. […]
La machine était bien lancée en prévision de l’objectif de 1960. Le vieux Joe décida alors de passer à la vitesse supérieure. Il rencontra Frank Sinatra en compagnie de Peter Lawford à Palm Beach. Il l’invita de nouveau, à Hyannis Port cette fois, le fief des Kennedy. On était à la fin de 1959. Joe se voulait à la fois bailleur de fonds et stratège.
Avec Sinatra, Joe n’y alla pas par quatre chemins.
— Frankie, j’ai bien réfléchi. Cette élection va être très dure.
— Monsieur l’ambassadeur (Frank savait que le vieux Joe adorait qu’on l’appelât ainsi). J’ai plutôt l’impression que les républicains sont au bout du rouleau.
— Ne croyez pas cela ! Nixon est un dur à cuire. Il est habitué au combat. Pire encore, il s’est fait tout seul…
Joe se fit songeur.
— Voici mon idée : il nous faut refaire ce qui nous a réussi en 1952.
Mais à une tout autre échelle. Frank, nous allons leur vendre Jack comme des paquets de lessive !
Frank écarquillait les yeux.
— Mais voilà, il nous faut beaucoup d’argent, beaucoup plus que ma fortune personnelle pourrait me le permettre. Et cet argent, nous ne l’avons pas. Pas encore.
La suite n’était que trop évidente.
— Vous savez, Frank, j’ai toujours pensé qu’on venait du même monde. Vous, Italien et moi, Irlandais. Quelle différence au fond ? Tous deux, on connaît la vie. Et on connaît les mêmes gens, vous voyez de qui je veux parler.
— C’est sûr.
— Il n’y a pas trente-six solutions. Il nous faut l’appui de nos amis de Chicago. Les syndicats sont à leur botte. Mais comprenez que je ne peux faire moi-même cette démarche. C’est trop risqué pour Jack. Il faut que ce soit vous, Frank, qui la fassiez. […]
Sachant exactement qui tirait les ficelles dans le pays, Joe connaissait ses classiques. En particulier l’adage selon lequel aucun démocrate ne pouvait être élu à New York sans l’appui du Milieu. Ce qui était vrai pour New York l’était pour le pays tout entier. [...]
La Mafia continuait pourtant à se méfier des Kennedy. Le vieux Joe avait roulé tellement de gens par le passé qu’ils étaient nombreux à vouloir lui renvoyer la monnaie de sa pièce. […] Néanmoins Sinatra persista auprès de Giancana. Devenir l’intermédiaire obligé entre les boys et le futur président des États-Unis ne pouvait que flatter sa vanité. Dans ce rôle-là, il était bien davantage qu’un acteur ou un chanteur. Il jouait dans la cour des grands, dans les allées du pouvoir. Il ne fut pas aisé à Sinatra de convaincre les boys. […] Giancana finit par fléchir. En bon chef mafieux, Giancana savait faire la distinction entre les affaires personnelles et le business. Il avait le pouvoir de mobiliser les syndicats, les Teamsters en tête.
Lors du scrutin, il pouvait placer des hommes à lui pour « assister » les responsables des bureaux de vote. Qu’avait-il à perdre, au fond, en accordant son appui aux Kennedy ? Peut-être Jack, devenu président, parviendrait-il à calmer son jeune blanc-bec de frère ? Peut-être, qui sait, pourrait-il également obtenir en contrepartie l’élargissement de Frank Costello qui purgeait alors une peine de cinq ans de prison pour fraude fiscale ? Lucky Luciano lui-même se prenait à rêver d’un retour à la maison. […]
Le soutien des boys s’avéra décisif lors des primaires démocrates de Virginie occidentale en mai 1960.